Mythe
ou réalité, la vie éternelle
a un prix : 150 000 dollars.
Aux états-unis, près de 1 000 personnes
ont décidé de faire ce gros chèque.
Et si elles étaient suivies par des millions
d'autres ?
Scottsdale, Arizona. Dans les locaux de la société
Alcor, il y a des bureaux. Jusqu'ici, tout va bien.
Mais il y a aussi des cuves en métal. Dans
ces cuves, des corps d'êtres humains, stockés
la tête en bas. Ces gens ont payé très
cher (150 000 dollars) pour finir dans ces bacs, où
ils sont installés après avoir été
" cryonisés ". Ils espèrent,
grâce à la préservation de leur
enveloppe charnelle dans le froid, revenir un jour
à la vie. Quand la science le permettra.
Science-fiction ? Pas si sûr. Certes, aujourd'hui,
rien ne permet d'affirmer que c'est possible. Mais,
au vu des fulgurants progrès de la science,
pourquoi ne pas tenter le coup, si on en a les moyens
? Soixante-sept personnes sont actuellement "
cryopréservées " chez Alcor et
725 êtres vivants attendent leur tour. Ces derniers
portent en permanence un bracelet en inox avec les
instructions à suivre en cas de décès,
car il faut agir très vite. Précision
: en France, la loi n'autorise pas une telle activité.
Congelé à - 325° C
Mais qui sont ces gens ? " Ça va du scientifique
de renommée mondiale à la femme au foyer,
affirme Diane Cremeens, chez Alcor. La cryonie est
devenue une alternative à l'enterrement ou
à la crémation. " Il y a même
du people : Ted Williams, une star du base-ball, attend
dans la cuve numéro 6, à - 325°
C. Et une vieille légende urbaine affirme que
Walt Disney s'est fait congeler. " Il est possible
de ramener à la vie des organes d'animaux cryonisés,
explique Dominique Babin, auteure d'un remarquable
essai sur le post-humain*. Mais ça ne veut
pas dire que ça fonctionne avec un cerveau
humain, une conscience. " En attendant de le
savoir, la première étape vers l'immortalité
est de conserver son corps intact. Le secteur économique
de l'antivieillissement prend de plus en plus d'importance
en Occident, séduit par le culte de la jeunesse.
" La bataille de l'anti-aging a commencé,
explique Dominique Babin. Et elle promet d'être
féroce, car elle représente un marché
de plusieurs millions de dollars. " L'International
Longevity Center et l'American Academy of Anti-Aging
Medicine (qui compte plus de 10 000 membres dans 65
pays) se battent pour contrôler ce marché
fructueux, tandis que des chercheurs s'alarment de
la montée du marketing pseudo-scientifique
et des formules racoleuses (du genre " société
sans âge ") avancées pour attirer
les gogos. Car toutes les solutions sont exploitées
pour parvenir à l'éternité. Déjà,
le rapprochement entre la biologie, les nanotechnologies
et l'informatique ouvre la voie aux ordinateurs neuronaux.
Avec, en ligne de mire, le transfert de mémoire
et de conscience sur disque dur ! Le clonage est également
étudié pour prolonger l'existence. "
Mais attention, le clonage ne donne pas exactement
la même personne, met en garde Dominique Babin.
Il y a eu des tentatives sur des animaux : des chats
marron sont devenus gris. "
Où va-t-on ?
Tous ces enthousiasmes balbutiants soulèvent
une foule de questions. Ne risque-t-on pas de s'ennuyer
comme des rats même pas morts au bout de quelques
milliers d'années de vie sur Terre ? Si on
ne meurt plus, comment gérer la surpopulation
? Et les sanctuaires de " cryopréservation
" de l'Occident ne seront-ils pas une cible rêvée
pour les terroristes de tous poils ? D'accord, quels
que soient les progrès de la science, rien
n'empêchera l'homme de mourir dans un accident.
Mais on ne peut pas tout à fait écarter
l'hypothèse que vous viviez jusqu'à
150 ans. Mortel, non ?
Merci à Laurent Courau, www.laspirale.org
* PH1, Manuel d'usage et d'entretien du post-humain
(Flammarion)