Qui
a volé les hots d'or ? Pourquoi la sulfureuse
cérémonie a-t-elle été
bannie du festival de cannes ? Des vedettes du porno
nous donnent leur version (forcément classée
x) de cette sombre histoire.
par guillaume jan / photo karim alaoui
Cette année encore, il n'y aura pas de cérémonie
des Hots d'Or au Festival de Cannes. Depuis deux ans,
le gala des professionnels du porno est tricard sur
la Croisette. L'ordre moral a été plus
fort que l'exploitation commerciale du cul. Pendant
près de dix ans, de 1992 à 2001, cette
cérémonie un peu chaude fut l'occasion,
pour le grand public, de découvrir l'univers
du X, confiné à la semi-clandestinité
le reste de l'année. Aujourd'hui, le porno
est retourné dans son ghetto et le milieu du
hard ne se sent pas très bien.
"Les
Hots, c'était la récréation de
l'année, confie Dolly Golden, deux fois consacrée
meilleure starlette. J'y pensais dès le mois
de janvier. Je me faisais faire une robe sur mesure
pour la cérémonie." Même
nostalgie pour Laura Angel, meilleure actrice X européenne
en 2000 : "Cannes te donne l'impression d'être
une vraie star. Les gens viennent te demander des
autographes, ils te prennent en photo, comme si tu
étais une actrice hollywoodienne." Davantage
que les remontées des marches, c'est ce côté
starlette qu'on guettait dans les reportages sur le
Festival. Tous les ans, d'ailleurs, c'est sur cet
événement folklorique, coquin et en
marge de la grande cérémonie que se
focalisaient les médias. Jean Veidly, briscard
du porno reconverti dans la communication, se souvient
: "L'ambiance rappelait celle du Cannes des années
60, quand les petites starlettes de Hollywood se faisaient
photographier sur les pontons. Elles aussi posaient
les seins nus, mais on l'a oublié." Les
Hots, c'était le Festival de Cannes en plus
pop. Pendant une semaine, les hardeurs jouaient aux
superstars. "Il y en a qui louaient une Rolls
juste pour passer devant les caméras. Après,
ils mangeaient des patates pendant un mois, s'amuse
le pittoresque Jean-Pierre Armand (1), 7 000 films
au compteur. Beaucoup économisaient toute l'année
pour pouvoir passer dix jours de folie à Cannes.
C'était tout leur budget vacances. Car il ne
faut pas croire que tous les acteurs pornos sont des
nababs. Il y a beaucoup de smicards dans le métier."
Michel Soulier, autre papy du porno, raconte : "A
Cannes, je jouais à la star, comme il se devait.
La première année, on avait loué
un bateau de 25 mètres. C'était la consécration
d'une année de travail, alors on faisait la
grosse fiesta."
"On s'est fait virer comme des malpropres"
Catapultés au milieu du Festival de Cannes
en 1992 par Franck Vardon, fondateur du magazine spécialisé
dans le cinéma X, Hot Vidéo, les Hots
d'Or étaient inspirés des Adult Video
News Awards aux Etats-Unis. Dès la première
année, la cérémonie crée
l'événement. "Il n'existait rien
de ce genre en France ni en Europe, explique Pierre
Cavalier, journaliste à Hot Vidéo. C'est
devenu le lieu de rendez-vous le plus important pour
la profession." Le trophée, qui récompense
les meilleures productions de X, devient aussi célèbre
que les 7 d'Or à la télé ou les
César au cinéma. Il inspire d'autres
cérémonies similaires en Europe (les
Vénus de Berlin et d'autres prix à Barcelone,
Bruxelles, Milan, Prague...). Le système des
Hots se voulait "le plus démocratique
possible", estime Pierre Cavalier. Les lecteurs
de Hot Vidéo élisaient presque directement
leurs vedettes. Ils représentaient 80 % des
votants. Le reste du jury était composé
de professionnels du X." Mais, trop iconoclaste
pour la municipalité de Cannes et les organisateurs
du Festival, la sulfureuse cérémonie
est déplacée à Mandelieu, la
commune voisine. "Les Hots d'Or généraient
plus de 1 million de francs de bénéfice,
poursuit Pierre Cavalier. Alors, forcément,
le maire ne faisait pas la fine bouche." Les
organisateurs doivent néanmoins se battre tous
les ans pour s'imposer à Mandelieu. Le maire
finit par leur interdire sa commune après l'édition
2000. "La cérémonie ne reviendra
pas de sitôt dans la ville, estime une commerçante
de Mandelieu. C'est un sujet tabou pour la municipalité.
Il y a beaucoup de vieux, ici. Ça en a choqué
plus d'un de voir des actrices de X montrer leurs
seins sur la Croisette." En 2001, la cérémonie
tente une percée à Cannes, à
l'hôtel Hilton. Mais elle se fait éconduire
au bout d'une heure par des vigiles en costume. "On
s'est fait virer comme des malpropres, raconte Dolly
Golden. Ça a planté l'ambiance."
Ce soir-là, le gala s'est terminé en
eau de boudin. Ce fut la dernière édition
des Hots d'Or.
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