Le
X commençait à traîner une sale
image
Pour Pierre Cavalier, la cérémonie s'est
arrêtée à cause d'un ensemble
de circonstances défavorables : "Après
s'être fait éjecter de Cannes et Mandelieu,
nous étions bannis du Festival. Et puis, c'était
le début de la polémique sur le porno
à la télévision, le X commençait
à traîner une sale image." Qui continue
de rebuter les organisateurs de la cérémonie
des Palmes d'Or. Guillaume Perez, chargé de
communication du Festival de Cannes, se réjouit
de la disparition des Hots : "Nous n'avions aucune
envie de partager l'événement avec eux."
Pour Jean Veidly, la cérémonie a été
victime d'un phénomène d'érosion
: "Les premières éditions intéressaient
tout le monde parce qu'elles apportaient quelque chose
de neuf au Festival. Et puis, on s'en est lassé.
A la fin, c'était toujours la même chose.
Ils n'avaient rien de plus à proposer."
L'acteur Jean-Pierre Armand va plus loin : "En
dix ans, c'étaient toujours les mêmes
qui étaient récompensés. La cérémonie
est devenue une mascarade qui ne reflétait
plus les goûts du public, mais les intérêts
de certains. Ce sont les producteurs qui achetaient
le plus de pubs dans la revue qui étaient nominés."
Pour répondre à l'affluence de starlettes,
les organisateurs avaient poussé le nombre
de trophées décernés à
vingt-huit. Jean-Pierre Armand critique aussi les
dérapages de la cérémonie : "En
mettant des filles carrément à poil
sur la Croisette, ils ont foutu en l'air le côté
starlette qu'on aimait bien. Ils ont dépassé
les bornes. C'est normal que le Festival ait mis la
pression."
Les proxénètes débarquent
sur la Croisette
Bref, après dix ans de tapage, la réputation
des Hots d'Or s'est salement ternie. Si les trophées
continuaient de représenter un enjeu commercial
pour les producteurs (les films primés étaient
assurés de faire de meilleures ventes), ils
avaient perdu leur prestige. A la fin des années
90, les critiques ont commencé à se
faire de plus en plus fortes, même dans le milieu
du X. Un hardeur révélait : "Le
pire, c'est le Festival de Cannes. Tu vois des agents
de l'Est et des proxénètes arriver sur
la Croisette avec cinq ou six bombes de 18 ans, venues
de Lituanie, de Hongrie ou de République Tchèque.
Elles sont magnifiques. Et elles vont se faire sauter
par tous les hardeurs à Cannes." Car la
cérémonie a toujours été
prétexte à des tournages sauvages. Un
producteur, trois cameramen, cinq ou six acteurs et,
en deux jours, le film était mis en boîte.
Pendant que les boss s'échangeaient les droits
de diffusion sur le marché international, des
dizaines de petites mains filmaient des scènes
à la fois torrides et glauques dans les villas
alentours et les yachts loués pour l'occasion.
"Il fallait amortir le temps passé à
ne rien faire et à dépenser son argent.
Il fallait rentabiliser le Festival ", explique
Michel Soulier, alias Papy Salaud, l'as du porno amateur.
"On allait aux Hots d'Or à nos frais,
ajoute Jean-Pierre Armand. Il fallait payer nos repas,
le vin et les putes pour sortir en boîte. Car
ce n'est pas parce qu'on est des hardeurs qu'on baise
plus facilement que les autres."
Les Hots rouillent sous la pluie
L'édition 2003 du Festival de Cannes sera beaucoup
plus soft, donc. "L'an dernier, il n'y avait
presque plus personne, l'ambiance était moins
bonne, regrettent les actrices qui avaient quand même
fait le déplacement pour voir ce que Cannes
devenait sans les Hots. Et pour les tournages, c'est
mort." Jean-Pierre Armand ajoute : "Le porno
à Cannes, c'était bon pour les années
90, les années fantaisistes. Je ne crois pas
que la cérémonie reviendra un jour sur
la Croisette." Si la partie business demeure
(les producteurs vont continuer à venir s'y
échanger leurs droits), la frénésie
sexe du "festrivial" a fait son temps et
la cérémonie des Palmes d'Or est devenue
sobre et convenable, comme un notaire. "L'accès
au porno est plus facile aujourd'hui, avec Internet,
les chaînes câblées, les cassettes
vendues à 2 euros dans les vidéoclubs,
explique Grégory Dorcel, le patron de X Vidéo
Marc Dorcel. Mais le poids de l'ordre moral est beaucoup
plus lourd qu'avant. Je me souviens que durant l'été
1980, la moitié des cinémas des Champs-Elysées
passait des films X. Aujourd'hui, ce serait impensable."
Le porno a le blues. "C'est un art de prolo,
considère le réalisateur John B. Root.
On en souffre tous. A une époque, il transgressait.
Aujourd'hui, il n'amuse plus grand monde." Est-ce
une conséquence de la disparition des Hots
d'Or ? La qualité des produits s'est beaucoup
dégradée depuis deux ans. "Normal,
il n'y a plus de compétition en France",
répond-on à Hot Vidéo. "Le
cul ne vaut plus rien, lance Jean-Pierre Armand. C'était
beau il y a vingt-cinq ans, quand c'était inabordable.
Aujourd'hui, il ne fait plus rêver." Sa
première récompense d'acteur porno,
il l'a reçue en Hollande, au début des
années 70. "C'était un sexe en
or massif. Je l'ai fait fondre pour en faire deux
bagues de mariage." Les statuettes des Hots dÕOr,
à côté, n'ont pas le même
prestige : "Tu les mets sous la pluie, elles
rouillent."
G. J.
(1) Il a publié ses mémoires de hardeur
l'an dernier : Cocktail explosif, 215 pages, est disponible
sur www.jeanpierre-armand.com
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